Projet pour l'exposition Présence (in)volontaire - Vence 2025

Ce qui disparaît, ce qui demeure, ce qui apparaît.
Quand la forme se retire et que la couleur s’atténue, il demeure un souffle, une empreinte, à la fois souvenir et composition inédite. C’est dans cette présence (in)volontaire que mon travail prend place.  Le pastel sec, matière fragile, poudreuse, presque indomptable, m’a toujours confrontée à sa volatilité. Rien ne tient vraiment. Tout peut se déliter. Cette fragilité n’est pas un accident : elle est le cœur du geste. 

Les contre-épreuves* naissent de cette précarité. Elles sont les fantômes de pastels originaux que j’ai créés — des œuvres aujourd’hui parfois parties, vendues, emportées ailleurs. Ce qu’il m’en reste n’est pas l’image pleine, mais son écho, sa rémanence. Elles sont obtenues par pression, par transfert sous presse. les contre-épreuves retiennent ce qui s’est détaché, ce qui s’est déposé, ce qui a accepté de rester. Elles existent dans un entre-deux : ni copie, ni simple souvenir, mais un état second de l’image.

Dans ces empreintes se rejoue ce qui m’occupe profondément : la représentation du paysage, mais d’un paysage qui change, qui glisse, qui se transforme. Il ne se fige jamais, ni sur le papier, ni dans la mémoire. Les contre-épreuves révèlent ce mouvement : l’horizon se déplace, se dissout ; les masses s’allègent ; la lumière déserte un point pour réapparaître ailleurs. Le paysage se recompose dans l’absence même de l’œuvre première. Je cherche ce qui survit à la disparition et la manière dont le paysage peut renaître de ce qu’il a perdu. Ce qui se révèle n’est donc pas la forme, mais sa perte. Non la couleur, mais son effacement. Non le paysage tel qu’il était, mais ce qu’il devient en partant. 

Je cherche dans ce processus ce qui résiste à l’effacement tout en s’y abandonnant, en acceptant l’aléatoire : une trace fragile, un territoire en suspens, une lumière déplacée, un horizon qui continue de vibrer alors même que l’œuvre originelle n’est plus là. Ce travail accueille ce qui échappe et reconnaît ce qui demeure. Il s’agit de regarder ce qui reste et d’y percevoir la naissance d’un paysage nouveau, changeant, instable, peut-être plus vrai encore parce qu’il s’invente dans ce qu’il a perdu.

*Contre-épreuve (Larousse) : nom féminin. Reproduction en sens inverse d’un dessin ou d’une gravure, obtenue par simple pression sur une feuille de papier humide.
Projet de candidature pour le prix Art et Environnement - Arles

Là où le soleil penche vers la terre*
Mon travail explore la lumière et la couleur comme matières mouvantes au cœur du paysage. Après la forêt et la montagne, je poursuis ma recherche autour de l’éblouissement et du panorama arlésien. Entre aube, zénith et crépuscule, je capte ces basculements lumineux, dans une approche lente, sensible, nourrie par Giono, Koudelka et la pratique du pastel sec. (*D’après un passage de Colline de Jean Giono : « Il semble que le soleil ait fait un bond vers la terre. »)

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